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Pour vous faire patienter . . .

Voici le début de ma toute prochaine histoire : l’heure maudite!

Il y a une heure au cours de la nuit, une heure particulière. Tout le monde pense à minuit, le passage d’un jour au suivant, mais les gens se trompent. Tout le monde a déjà ressenti cet étrange sentiment lors des nuits d’insomnie, comme si quelqu’un d’autre était présent dans la pièce, à observer. Et si cela vous arrive à vous aussi, regardez votre réveil car il sera sûrement entre deux et trois heures du matin. Durant cette heure qui ne fait partie ni de la nuit ni du jour, ils apparaissent sans que vous puissiez les voir et vous regardent dormir ; parfois même ils s’invitent dans vos rêves et vous torturent malicieusement pendant votre sommeil profond. Personne ne les a jamais vus mais de nombreux mythes existent à leur sujet sans vraiment les nommer ou connaître leur véritable but… Enfin, personne ne les avait jamais VU, jusqu’à maintenant.

Il n’y a rien d’extraordinaire dans la vie de Nicole. Travail de vendeuse dans une grande enseigne de vêtements, ce qui implique de déplier et replier les dits vêtements pour faire semblant de travailler, prénom démodé dont elle ignore toujours le parce que, célibataire, vivant dans un petit immeuble de banlieue avec des voisins bien loin d’être aimables, et encore deux ans de crédit pour rembourser sa voiture. Quand elle se réveille le matin, elle écoute son horoscope d’une oreille distraite et en rigole le soir avant d’aller se coucher, et quelques fois elle prend le bus pour aller travailler, son côté “écolo”. Son travail ne lui plaît, pas bien évidemment, mais il fallait bien penser à la retraite, surtout à 32 ans. Et puis, elle ne risque pas grand-chose à plier des vêtements à longueur de journée, peut-être une entorse ? Elle peut y survivre. Les commentaires désagréables d’une cliente snob et exigeante ? Là c’était déjà plus dur. Nicole détestait les snobs, ils étaient tellement difficiles à cerner. Et cette absence de sourire sur leur visage… Elle préférait les enfants, ils étaient vrais. Sauf les enfants auxquels Nicole était confrontée à cet instant, apparemment très bien élevés par une maman snob à souhait :
« Peut-être dans une autre couleur ? proposa Nicole en regardant la maman puis l’ainé des deux garçons.
— Non ! J’aime pas ce truc, ça pique.
— Ne fais pas ton bébé ! murmura la maman en l’attrapant par le bras, puis elle regarda Nicole : on le prend, et je vais prendre le même en 7ans pour mon deuxième. »
Vêtements coordonnés… Il fallait bien que ça me tombe dessus.
Mais Nicole était une bonne employée, elle exécutait tous les ordres même les plus stupides ; la journée passait beaucoup plus vite de cette façon. À en juger par les phares de voitures sur le parking, la nuit commençait à tomber ; elle regarda sa montre mais il n’était que 17h30.
Encore 1h30 avant de prendre un doliprane, tu peux le faire !
Sa cliente et ses rejetons quittèrent le magasin après avoir bien dépensé et, comme la bonne employée qu’elle était, elle se remit à son pliage/dépliage en comptant les minutes.

Il y avait un avantage non négligeable à ne pas être manager : ne pas avoir à partir en dernier. Elle détestait se retrouver sur un parking vide et plus particulièrement dans le noir tout sauf avenant d’un mois de novembre. Mais là, grâce à sa petite position de simple employée, elle quittait le magasin et rencontrait encore sur le parking des clients qui sortaient d’autres magasins du centre commercial, c’était parfait. Plus qu’un simple trajet dans sa voiture et elle serait enfin dans son petit nid douillet, tout ça lui donnait des envies de soupes avec des alphabets. Après avoir allumé le chauffage dans sa voiture , elle s’occupa de la radio, et Ô miracle Dieu bénisse la technologie moderne, un classique jazz des années 1940 vint bercer ses oreilles après 8h de “Hits” joués en boucle sur la radio locale. La torture était enfin terminée, elle chantonnait, balançait la tête de droite à gauche sur le rythme des saxophones… et s’arrêta net quand elle aperçut une femme la regarder bizarrement avec son sac plein d’articles de jardinage à la main.
Pourquoi j’ai pas pris l’option vitres teintées… ah oui, 500€ plus cher.

Le reste de la soirée s’était passé normalement, jusqu’à ce que le gardien d’immeuble dû annoncer à Nicole que des cafards proliféraient. La première réaction de Nicole fut bien sûr de demander comment cela était possible, le gardien répondit avec une pointe de mélancolie :
« Les gens ne savent plus faire le ménage… »
À partir de ce moment, sa bombe anti-rampant n’avait plus quittée ses mains et, tel un personnage de télévision, scientifique de la police médico-légale elle cherchait dans les moindres recoins de son appartement les créatures indésirables.
Je suis un mix entre Lara Croft et les Men In Black, je devrais le rajouter sur mon CV.
La fouille n’avait rien donné, mais elle restait suspicieuse et ne quittait jamais la bombe anti-rampant. Pendant son repas, sa douche, sa pause télé ; la bombe était toujours à ses côtés, tel Excalibur auprès d’Arthur. Après avoir encaissé le coup de la défaite de son favori dans une émission de télé-réalité sur une île déserte, elle décida qu’il était temps d’aller retrouver son lit bien-aimé, elle pouvait l’entendre qui l’appelait si elle tendait l’oreille. Elle éteignit la télévision, sortit de son plaid et se dirigea dans sa chambre en n’oubliant pas d’éteindre le salon au passage. Et c’est à cet instant précis que sa vie bascula, il n’y avait pourtant que trois mètres qui la séparaient de la lampe de sa chambre, mais cet instant resta à jamais dans sa mémoire. L’instant où elle entendit un “CRACK” sous son pied et sentit ce dernier devenir poisseux. Elle ne bougea pas, elle serra ses lèvres tout en maudissant silencieusement ses voisins. Puis la sensation devint trop insupportable, elle leva son pied et se dirigea lentement jusqu’à la lampe de sa chambre. Et ce qui devait arriver arriva, elle les vit, ces satanés cafards, ces répugnantes bestioles sorties d’on ne sait quelle imagination dépravée du Dieu unique. Ils étaient sept… ou huit, neuf si elle comptait celle qu’elle avait annihilé même si elle aurait préféré s’en passer. Elle les fixa dans le silence le plus total, son cerveau tentant de trouver un chemin rapide et sûr jusqu’à la salle de bain parce qu’elle aurait juré qu’elle n’avait pas tué toutes les parties du cafard et qu’il continuait de bouger sous son pied, et cette pensée était dégoutante. Elle démarra le compte à rebours dans sa tête, et fila sur la pointe des pieds tout en s’empêchant de hurler, qui sait comment ces bestioles pouvaient réagir en cas de bruit soudain ? Pas elle. Elle attrapa le pommeau de la douche et fit couler l’eau chaude en regardant ailleurs. Elle n’aurait peut-être pas dû manger de soupe au diner, son imagination faisait d’étranges associations. Elle empoigna son gant de toilette et frotta, frotta et frotta encore jusqu’à être certaine de s’être grattée au moins 5 millimètres de son épiderme, juste au cas où. Elle aurait aimé souffler, mais elle avait d’autres ennemis qui l’attendaient dans sa chambre, elle fit alors son regard le plus terrifiant qui faisait étrangement penser à Jim Carrey dans Fous d’Irène et alluma toutes les lumières en scrutant en sol. Elle attrapa la bombe anti-rampant qu’elle avait laissé sur la table basse du salon et s’équipa de l’arme fatale : l’aspirateur. Elle était fin prête, si Lara Croft ne suffisait pas elle se mettrait en mode Terminator ; la bombe anti-rampant à sa ceinture et l’aspirateur en main, elle était sur le point de faire un génocide assumé. De retour dans la chambre, l’aspirateur branché et la bombe dans sa main, elle les regardait se mouvoir sur son parquet et ç’en était trop. Elle pointa la bombe et appuya sur la gâchette. Son visage ressemblait à n’importe quel vilain en pleine séance de torture sanglante sur une victime innocente, et elle adorait ça ; les voir se débattre, s’intoxiquer… Réjouissant. Bien évidemment ses victimes tentèrent de s’échapper loin de ce nuage toxique, mais ils furent pris dans la tempête technologique et finirent dans le sac poussiéreux de l’aspirateur.
Aspirateur sans sac ?! Ah et puis quoi encore !
Elle inspecta tout le sol, puis s’attaqua à son lit ; couette, drap, coussins, protège matelas, tout passa par la case appareil vapeur puis machine à laver à 60°. Elle refit encore le tour de son appartement, la menace avait été écartée mais dans le doute elle mit un coup de bombe dans toutes les pièces quitte à s’intoxiquer elle-même. Elle avait réussi ; seule, à plus d’une heure du matin elle avait éliminé la menace et n’avait même pas hurlé. Mais son imagination lui jouait encore des tours, quand ses yeux se posèrent sur l’aspirateur elle commença à s’interroger :
Ils sont bien morts ? Le tas de poussière ça peut les tuer ? Et s’ils se multipliaient là-dedans ?!!!
Elle enfila son gilet le plus chaud, mis son écharpe et ses gants et sorti délicatement le sac de l’aspirateur, direction le local à poubelle.

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